Devenir Médecin Légiste

Le médecin légiste pratique la médecine légale : il évalue les blessures de victimes d’agression et autopsie des corps pour découvrir les circonstances de leur mort. Cette fiche métier vous donne toutes les informations utiles pour devenir médecin légiste.

Médecin Légiste
Médecin légiste pendant une autopsie.

Synonymes et métiers associés : « légiste », praticien, expert en criminologie, enseignant en médecine légale, chef de service dans une unité médico-légale (UMJ), médecin réparateur juridique du dommage corporel, microanalyste en criminologie, expert en identification génétique.
Niveau d’études ou diplômes requis : BAC+9.
Études en alternance : non.
Salaire débutant : 2.400€ net.
Statut : praticien hospitalier de la fonction publique hospitalière, indépendant.
Limite d’âge pour le recrutement : aucune.

1. Que fait le Médecin Légiste : missions, tâches et fonctions
2. Quel est le salaire d’un Médecin Légiste, son évolution de carrière
3. Quels diplômes, études, formations, concours pour devenir Médecin Légiste

1. Que fait le Médecin Légiste : missions, tâches et fonctions

1.1 Quotidien du Médecin Légiste

Le médecin légiste est ce que l’on appelle un auxiliaire de la justice, c’est-à-dire qu’il intervient à la demande d’une autorité judiciaire (magistrat, Parquet, juge d’instruction, etc.).

L’une des missions du médecin légiste est de réaliser des autopsies dans le cas de décès d’origine criminelle ou suspecte, de décès sur la voie publique, de corps non-identifiés ou encore à la demande des familles. Lorsque les circonstances d’une mort sont d’origines criminelles ou suspectes, une procédure judiciaire commence.

En moyenne, le légiste effectue trois levées de corps par semaine (examen de la dépouille). Son objectif est de déterminer les causes, les circonstances (arme du crime, son utilisation) et l’heure de la mort.

Pour cela, il observe la scène du crime présumé et prélève les indices nécessaires à son analyse (traces de sang, empreintes digitales, traces de fluides corporels, cheveux, morceaux de peau, état des vêtements, etc.). Le moindre indice est soigneusement relevé et minutieusement consigné dans une mallette de transport pour examen en laboratoire.

Parfois, il effectue la levée du corps directement à la morgue de l’hôpital ou à l’institut médico-légal dont il dépend. L’examen est réalisé aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur du corps. L’expert peut avoir besoin de faire des examens complémentaires pour plus de précisions : radio, examens au microscope des organes, examen toxicologique, biologique, etc.

Une fois analysés, ces éléments serviront à la justice pour reconstituer les conditions de la mort de la victime et juger l’auteur des faits.

L’une des difficultés rencontrées par le médecin légiste est le déplacement des corps. Une fois sur les lieux du décès, il lui faut changer le cadavre de position pour le mettre dans une housse.

Dans le cas de morts dramatiques comme les pendaisons, cette manipulation est d’autant plus complexe qu’il faut déplacer le corps en montant à un escabeau. De plus, en intervention à l’extérieur, le médecin légiste porte une combinaison de protection qui rend ses mouvements moins précis.

Le corps du défunt quitte la morgue hospitalière ou l’institut médico-légal quand un permis d’inhumer est délivré par le magistrat chargé de l’enquête. Sinon, il est placé en chambre froide.

Tout est mis en œuvre pour connaître l’identité du défunt : identification par les proches présumés, investigations médicales (empreintes dentaires), etc.

Les personnes qui ont fait savoir de leur vivant qu’elles feraient don de leur corps à la science, sont transportées à la faculté de médecine ou à l’école de chirurgie. Ces dons sont précieux, car ils permettent aux médecins et chirurgiens de s’entraîner dans des conditions réalistes.

Quand le légiste a terminé une autopsie, il rédige impérativement un rapport, qu’il remet au magistrat qui l’a chargé de l’affaire. La famille du défunt pourra demander les conclusions de ce rapport au magistrat. Parfois, le médecin est appelé en qualité d’expert pour témoigner à la barre d’un tribunal.

Dans son bureau au sein de l’unité médico-judiciaire, le médecin légiste reçoit également des patients. Des victimes d’agression lui sont envoyées par la police et la gendarmerie. Ce sont en moyenne cinq hommes, femmes ou enfants qui lui rendent visite.

Le praticien les ausculte, il constate les blessures et évalue leur degré de gravité. Cela permet au juge de savoir si les blessures ont effectivement été commises par une agression. Si c’est le cas, le juge fixe le montant des dommages et intérêts ou la peine de prison du coupable.

Le légiste rencontre toutes sortes de situations qu’il faut savoir gérer humainement : abus sexuel sur mineur, nourrisson maltraité, femme battue, accidenté de la route.

L’expert légiste doit également être en mesure de se prononcer sur les capacités d’un conducteur à reprendre le volant.

De par la nature de son travail, le médecin légiste est amené à travailler en équipe avec d’autres spécialistes comme des toxicologues, pharmacologues, policiers, magistrats, experts en balistique, etc.

La profession compte environ autant d’hommes que de femmes.

NB : si vous souhaitez avoir un parfait aperçu du métier de médecin légiste, je vous recommande les excellents livres de Michel Sapanet “Chroniques d’un médecin légiste.” (cliquez-ici pour les voir). Michel Sapanet est un médecin légiste au CHU de Poitiers qui décrit de manière très réaliste, mais toujours avec une dose d’humour, son quotidien qui est tout sauf banal.

1.2 Tenue et équipement

Le médecin légiste porte une blouse blanche, des gants en latex et un masque.

Dans son laboratoire, il est muni de nombreux outils qui lui permettent d’analyser les corps : scie d’autopsie, burin à crâne, support de tête, ciseau à entérostomie, pince à dissection, balance à organes, etc.

Lorsqu’il effectue une levée de corps sur la scène du crime, il emporte un appareil photo et une trousse d’instruments. Dans ce cas, il porte plutôt une combinaison qui lui évite de se tâcher et empêche qu’il ne brouille les indices avec son propre ADN.

1.3 Qualité essentielles, compétences nécessaires

Pour être médecin légiste, il faut avoir le sens de l’observation, de la précision et de la rigueur. Un esprit logique et de déduction permettra de mener à bien les affaires. La maîtrise de soi et le contrôle des émotions sont également indispensables.

Le médecin respecte la déontologie et le secret professionnel, il se doit donc d’être discret. De plus, il est très disponible : il ne compte pas ses heures.

Enfin, il est impératif d’avoir une excellente résistance physique : les levées de corps et les autopsies demandent beaucoup de force.

Le médecin légiste doit maîtriser le droit pénal et ses procédures.

1.4 Débouchés, recrutement, où exercer ce métier

Après avoir suivi des études universitaires en médecine et à condition d’avoir des connaissances juridiques solides, le médecin peut entrer dans l’une des 45 Unités Médico-Judiciaires françaises (UMJ) et devenir médecin légiste.

Il travaille à la fois au sein de la morgue de l’hôpital et dans un bureau qui lui permet de recevoir les victimes d’agressions. Il peut également rejoindre un institut médico-légal comme celui de Paris par exemple, qui dépend de la préfecture de police de la capitale.

Il y a peu de places disponibles dans cette spécialité et les études sont très sélectives. C’est donc un emploi difficile d’accès, bien que ce ne soit pas un domaine particulièrement demandé par les élèves.

1.5 Horaires, conditions et temps de travail

Les conditions de travail du médecin légiste l’amènent à travailler environ 48 heures par semaine, ce qui est la durée maximum légale pour un médecin hospitalier. Cela représente des journées de 10 heures de travail. Il peut également faire des gardes de nuit.

Les heures supplémentaires sont comptabilisées sur un compte épargne temps et récupérées sous forme de congés.

Intervention médecin légiste
Médecin légiste en intervention sur un accident de personne. © Jérémy-Günther-Heinz Jähnick

2. Quel est le salaire d’un Médecin Légiste, son évolution de carrière

En début de carrière, le médecin légiste gagne environ 2.400€ net. En fin de carrière dans le public, son salaire est de 6.600€ net par mois en moyenne (échelon 12). Mais il peut gagner plus en effectuant des gardes de nuit ou en complétant ses revenus en statut libéral.

Après plusieurs années de pratique, le médecin légiste peut prendre en main des sessions de formations universitaires ou privées, qu’il donne à d’autres médecins légistes. Il peut également décider de rédiger des articles scientifiques des avancées sur son domaine et gagner en notoriété.

Il lui possible de diriger le service de son Unité Médico-Judiciaire (UMJ). Dans ce cas, il encadre une vingtaine de personnes (médecins, infirmières, secrétaires, psychologues…). Enfin, il peut évoluer vers un poste d’expert en criminologie qui lui demande d’être expert aussi bien du domaine médical que du droit.

3. Quels diplômes, études, formations, concours pour devenir Médecin Légiste

Pour devenir médecin légiste, il faut suivre un cursus classique en médecine et le compléter par des connaissances juridiques.

Suite à la réforme des études de santé, la Première Années Commune aux Études de Santé (PACES) a été supprimée. À présent, pour suivre des études de santé MMOPK (Médecine, Maïeutique, Odontologie, Pharmacie, Kinésithérapie), il existe deux voies d’accès :

  • le parcours spécifique “accès santé” (PASS) en 1 an : l’élève suit des études de santé, mais il choisit également une mineure dans une autre discipline (droit, mathématiques, lettres, économies, etc.) qui correspond à son projet en cas d’échec. Seuls 15% des élèves accèdent à la seconde année après l’année de PASS. Ceux qui échouent rejoignent une autre licence (en fonction de la mineure qu’ils ont choisie) ou une L.AS.
  • la licence avec option accès santé (L.AS) en 3 ans : cette formation est composée d’une majeure au choix de l’élève (psychologie, STAPS, sciences, technologie, etc.) et d’une mineure santé. Les élèves peuvent postuler en MMOPK entre la première et la troisième année de leur formation. Ils pourront ainsi intégrer les études de médecine en seconde année, et plus rarement en troisième année. En cas d’échec, l’élève peut continuer ses études dans la majeure qu’il a choisi.

Une fois en filière médecine, l’élève apprend les bases du médical et prépare le Diplôme de Formation Générale en Sciences Médicales (DFGSM) pendant deux ans, ce qui lui confère le niveau licence.

Il prépare ensuite son second diplôme pendant 3 ans : le Diplôme de Formation Approfondie en Sciences Médicales (DFASM), de niveau master. Cette période est appelée “externat”.

Pour pouvoir effectuer ses années d’internat, l’élève passe les Épreuves Classantes Nationales (ECN). C’est à ce moment-là qu’il choisit sa spécialité (en fonction de son classement au concours) et devient interne.

Pour devenir légiste, le médecin doit valider un DES en Médecine Légale et Expertise médicale (MLE) en quatre ans. Pendant ses années d’internat, il apprend et doit maîtriser de nombreux sujets :

  • thanatologie générale,
  • aspects médicaux des agressions et expertises médico-légales,
  • toxicologie et aspects médico-légaux de la sexualité,
  • formation juridique,
  • droit de l’exercice médical
  • participation à des autopsies et à des expertises médico-légales,
  • etc.

Ce n’est que lorsque l’élève a validé ses stages, ses enseignements et soutenu sa thèse, qu’il obtient le DE de docteur en médecine, accompagnée du DES MLE.